entretien avec Martine Billard - L'Agapante & Cie

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Entretien avec Martine Billard

Intervenante artistique en atelier-théâtre et atelier-conte




Tu fais des interventions dans les écoles depuis combien de temps? Et comment as-tu commencé?
Depuis une dizaine d'années.... À l'époque, je travaillais dans un hôtel pour gagner ma vie... Mais je ne me voyais continuer là dedans. L'envie de faire du théâtre était toujours présente, mais je ne savais pas comment faire. Plusieurs personnes de mon entourage m'ont dit: "et pourquoi tu ne donnerais pas des cours de théâtre pour enfants? Il parait qu'il y a une grosse demande." Moi, je ne pensais travailler qu'avec des adultes. Je ne voulais pas du tout travailler avec les enfants au départ, je n'avais jamais fait ça, j'avais l'impression que c'était du sous-théâtre! Mais je me suis quand même lancée: j'ai lancé mon propre cours dans le treizième dans une salle paroissiale. Ça marchait plus ou moins bien, mais grâce à cela j'ai rencontré un autre comédien qui faisait des ateliers dans des écoles du treizième (dans le cadre des ateliers Bleus) et qui m'a mis en contact avec la compagnie qui les organisait. En fait ce cours m'a permis d'avoir une première expérience d'animation et, de rencontres en rencontres, j'ai travaillé avec d'autres structures. Et tout de suite cela m'a plu.

Comment se sont passés tes premiers ateliers avec les enfants?
Le contact a tout de suite été très bon entre nous. Je me suis rendue compte que j'étais vraiment faite pour ça: faire du théâtre avec les enfants! Et aussi avec des adolescents: parallèlement aux ateliers Bleus, j'ai animé un atelier pour 12-15 ans dans un centre culturel aux Halles (j'ai eu de la chance: la personne en charge de l'atelier s'était désistée en début d'année, la direction m'a proposée de la remplacer au pied levé!)Avec les Ateliers bleus, cela s'est bien passé, mais la première année cela a été un peu difficile parce que je me suis rendue compte qu'il fallait que je trouve des tas d'idées! Je me suis inspirée des exercices que j'avais moi-même abordé au cours de ma formation de comédienne, j'ai farfouillé dans les librairies théâtrales, dans les bibliothèques... Cela m'a demandé beaucoup de travail personnel.

Quelle différence entre le travail avec les enfants et les adolescents?
Il y a plus de possibilités avec les ados, parce qu'ils sont plus à même de comprendre plein de choses... Mais ce sont parfois les parents qui font blocage...! Pour mon atelier des Halles, comme je ne voulais pas de théâtre classique, j'ai lu des tas de pièces contemporaines. J'en ai finalement choisie une, L'AMOUR EN GODASSES (dans la collection Très Tôt Théâtre), qui a beaucoup plu aux adolescents, notamment parce qu'elle avait un langage très proche d'eux. Mais certains parents n'ont pas compris, se sont inquiétés! Le directeur me disait: "mais pourquoi vous ne travaillez pas sur de beaux textes classiques?" Il m'a quand même soutenue, mais cela a été une période un peu difficile...

Que demandes-tu à un texte destiné à être joué par des enfants?
Du mouvement. Des situations. Des choses qui se passent, pas des états d'âmes. Beaucoup de rebondissements, de l'action. C'est ce que j'aime au théâtre. Et je pense que les enfants y sont encore plus sensibles.Je préfère monter avec eux des textes contemporains, je trouve qu'ils arrivent mieux à s'impliquer en tant que personnages avec un langage proche d'eux. En règle générale, les enfants préfèrent les comédies, les textes drôles. L'année dernière j'ai monté deux spectacles: des sketches de Karl Valentin, et une adaptation des CONTES DU PINCE OREILLE de Jean-Louis Bauer et Bernadette Le Saché. Au final, les enfants m'ont dit qu'ils avaient préféré les sketches parce que c'était franchement drôle, les personnages étaient plus marqués... Dans le texte de Bauer et Le Saché, il y avait une dimension poétique, qui les a moins accrochés. À mes débuts, j'avais contacté le théâtre des Jeunes années, à Lyon et réadapté certaines de leurs pièces: POUPÉE DE CHIFFON et GRAFFITI MÉTRO, une pièce à sketches qui présentait des portraits de jeunes dans le métro que j'ai travaillé avec les ados. Maintenant je trouve cela encore plus compliqué de trouver des textes! Je passe beaucoup de temps à lire, à feuilleter... J'apprécie les textes édités par Très Tôt Théâtre, Le Théâtre des Jeunes Années, j'aime moins ce que propose les éditions Retz (je trouve que c'est un peu cucul!). Dans l'École des Loisirs j'ai retrouvé les sketches de Fernand Raynaud, que j'ai adapté. Quand j'étais gamine je les écoutais, je les rejouais avec mes sœurs, alors j'ai une petite tendresse pour eux...! J'ai abordé aussi Dubillard, mais c'est un peu complexe pour les plus jeunes.

Tu aimes bien travailler à partir de textes...
Oui. Mais j'ai aussi travaillé par impros, parce qu'à un moment je ne trouvais pas de textes qui me plaisaient, et parce que je sentais que les gamins aimaient vraiment ça (il faut dire que j'ai moi-même été formée au Centre Américain où l'on pratiquait beaucoup l'improvisation). On a travaillé sur des thèmes (la famille, par exemple), chacun choisissait un personnage, le faisait vivre et peu à peu le spectacle se construisait en tableaux. Quant à moi, je mettais au point le scénario, sans texte écrit, juste la trame. Ça fonctionnait très bien.

Tu as aussi travaillé en temps scolaire. Dans quel cadre?
Dans un contrat de ville sur trois ans, dans un quartier défavorisé de Pantin. Il s'agissait de prendre la moitié d'une classe en atelier théâtre "obligatoire". C'était un peu difficile: il y avait des enfants qui n'avaient pas du tout envie de faire du théâtre et d'autres très motivés! Les premiers venaient en traînant des pieds et gâchaient le plaisir de ceux qui auraient aimé en faire davantage... Je trouve que ce genre d'activité obligatoire n'est pas vraiment souhaitable. Si les enfants avaient pu choisir entre deux ou trois propositions, cela se serait probablement mieux passé...

Les enseignants étaient présents?
Non. Ils avaient l'autre moitié de la classe et étaient contents d'avoir moins d'enfants pendant une heure! Ce que je faisais ne les intéressait pas vraiment, sauf pour une enseignante qui s'est prise au jeu et faisait répéter les enfants pendant la semaine. Au début du projet, il n'y avait pas de spectacle prévu, mais les enfants de cette classe étaient tellement motivés (ils avaient appris le texte par cœur sans que je leur demande) qu'ils ont voulu présenter leur travail à une fête de quartier! C'est vraiment un beau souvenir.

Depuis quelques années, tu animes aussi des ateliers de contes...
Tout a commencé dans les ateliers théâtre. Au cours d'une séance avec un groupe difficile, j'ai eu l'idée, pour calmer tout le monde, de raconter une histoire: tous se sont tus, même les plus durs! Je voyais leurs regards s'allumer... j'étais vraiment émerveillée! C'est devenu un rituel: je venais avec une histoire, ensuite on faisait autre chose mais il y avait toujours le moment de l'histoire. J'ai toujours aimé les contes alors, du coup, je me suis mise à en lire de plus en plus et j'ai proposé à une amie de travailler sur les nouvelles de Satyajit Ray, le cinéaste, que j'aime beaucoup. Nous avons présenté notre travail en petit comité. Puis on s'est lancé chacune de notre côté. Cela fait trois ans que je suis une formation avec un conteur, Michel Hindenoch. à raison d'une fois par mois. On y apprend à choisir un répertoire, améliorer sa technique, etc. On y apprend aussi à travailler seul, selon des directives données. C'est un travail de maturation, le conte. Je conte pour les enfants et pour les adultes et je tiens à garder ces deux genres de public. Souvent les contes ont un sens caché, (métaphores) que les enfants ne saisissent pas vraiment. Ce que j'aime me dire, c'est qu'il y a toujours eu des conteurs dans tous les pays du monde, c'est assez fantastique de penser ça, non?

Quelle différence entre le métier de comédienne que tu exerçais avant et celui de conteuse?
C'est un prolongement. J'ai toujours aimé les histoires. Pour moi, le théâtre, c'est raconter une histoire. Mais dans le milieu théâtral, le comédien n'a pas beaucoup de liberté de choix: il prend les rôles qu'on lui propose, travaille avec des metteurs en scène avec qui il ne s'entend pas forcément... C'est un interprète et c'est tout. Pour bien raconter, le conteur, lui, doit prendre des histoires qu'il aime. Il choisit ses histoires et les raconte à sa manière. Il a un travail en amont beaucoup plus créatif et plus personnel. C'est ce qui me manquait dans le théâtre.

Il est aussi seul, le conteur...
Oui. Parfois, c'est un peu dur. Cette année, pour la fête de la musique, j'ai travaillé sur un conte mis en musique par des violonistes. Cette expérience m'a donné envie de continuer à conter avec des musiciens. Beaucoup de conteurs travaillent avec un accompagnement musical. D'ailleurs depuis que je m'intéresse au conte, j'écoute beaucoup plus de musique.

Et les ateliers conte?
Ils se déroulent généralement sur un trimestre ou deux, dans le cadre de projets d'école. Comme je viens du théâtre, j'aime bien que les enfants interprètent le conte, miment ou jouent les personnages. Sur trois trimestres, on a plus de temps pour élaborer des contes avec les enfants. En général, je travaille avec le magnétophone. Au début, c'est une grande surprise pour tout le monde d'entendre sa propre voix. Certains sont intimidés, se cachent...! C'est vrai que la première fois que l'on entend sa voix, ça fait drôle (c'est même terrible!) comme lorsqu'on se voit en vidéo, d'ailleurs... Petit à petit je les amène à raconter devant les autres. Pour des petits, raconter devant du monde, c'est très dur... Les enseignants ne le réalisent pas toujours. Au théâtre, on est protégé par le personnage, le costume, les postures physiques parfois éloignées de soi. Pour le conte, on est plus à nu, plus soi-même.

Avec l'accent mis sur le développement de l'expression orale, les ateliers de ce genre ont des chances de se multiplier...
Oui! Mais, malheureusement, les professeurs exigent des résultats tout de suite avec des moyens limités: un trimestre d'intervention, des budgets resserrés... Une fois par semaine, sur un trimestre, surtout avec des petits, c'est vraiment trop court! J'aimerais aussi prolonger mes interventions: les faire écrire, puis retravailler en impros... mais avec une heure par semaine, c'est difficile. Il faudrait au moins deux interventions par semaine...

Qu'est-ce qui te plaît dans le travail avec les enfants?
J'aime ça. Je me sens à l'aise. Il y a le côté fantaisie, les voir jouer des tas de personnages et se laisser aller à des situations rapidement (j'aime moins les conditions matérielles difficiles, le manque de contacts avec l'équipe pédagogique, l'accueil de certaines écoles qui laisse à désirer...!) Avec le temps, je ne me sens pas du tout lassée du travail avec les enfants.

Cela demande de se renouveler sans cesse, trouver de nouveaux textes, de nouvelles idées...
Et puis, ce qui m'importe dans un atelier d'une heure par semaine, c'est que les enfants en retirent du plaisir. Quand je sors à six heures et qu'ils sont contents parce qu'ils ont joué des personnages rigolos, qu'ils ont découvert une histoire, ça se sent que ça leur a plu. C'est pour ça que au départ j'ai fait du théâtre, c'est cette notion de plaisir qui m'a poussée.



Entretien réalisé par SOPHIE BALAZARD

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