Avignon 2007 - L'Agapante & Cie

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Revue Atelier-Théâtre > Les dossiers

Voici quelques spectacles Avignon off 2005 que nous avons vus et aimés.
Courez-y vite dès qu'ils passent près de chez vous !
par Fanny Gaëlle, Maria De França E Silva et Elisabeth Gentet-Ravasco

TROIS SEMAINES APRÈS LE PARADIS

Texte d’Israël Horovitz, traduction de Jean-Paul Alègre, mise en scène de Ladislas Chollat, avec Daniel San Pedro, Lumières Alban Sauvé
New-York, 11 septembre 2001. Personne n’a pu oublier cette tragédie qui tua 2973 personnes et en blessa des milliers sans se soucier de leurs nationalités ! Personne n’a pu ignorer ces images bouleversantes diffusées en boucle sur nos téléviseurs. 11 septembre 2001, tragédie mondiale pour ces milliers de New-Yorkais, qui ont perdu le symbole de leur pays, pour ces centaines de personnes qui ont accroché leurs yeux aux étages fumants et aux ombres qui sautaient du haut des buildings, pour ceux qui ont vu mourir tous ces innocents et qui les voient mourir encore toutes les nuits. Pour eux, les six années qui nous séparent de la catastrophe ne sont que six ans de cauchemar et d’angoisse.
C’est cela, ce sont ces minutes affreuses et infernales qui détruisent un peuple et un rêve, ce sont ces six ans d’un impossible bonheur qu’Horoqui a cru durant quelques heures que son fils était l’une des victimes, nous raconte à travers ce monologue, fabuleusement interprété avec tant de justesse par Daniel San Pedro. Entraîné par ce remarquable comédien, nous dévalons un escalier en feu au rythme effréné d’une vie gâchée qui s’envole au fil des années et l’on trouve encore le temps de s’arrêter à chaque étage des sentiments. On y trouve angoisse et tendresse paternelles, désespoir et emportement patriotique, haine et souffrance humaine.
La mise en scène moderne nous donne à voir et entendre New-York et frôle la perfection dans la précision. Le texte, porté par les lumières d’Alban Sauvé et par une musique parfaitement adaptée, apparaît dans sa plus tragique beauté pour mieux troubler et fasciner les cœurs et les consciences des spectateurs et nous poser la même question que celle d’Horovitz « Quel monde laisserons-nous à nos enfants ? ».
ladislas.chollat@club-internet.fr

KRAFF

Théâtre de Romette, inspirée du texte de Kleist “ Sur le théâtre de marionnette ”. Mise en scène : Johanny Bert, avec : Maxime Dubreuil, Julien Geskoff, Maïa Le Fourn, Christophe Noël, Yan Rachorégraphie : Yan Raballand, conception marionnette : Judith Dubois.
C’est une histoire toute simple, un moment hors temps, déjouant pour mieux en jouer les règles de la pesanteur.
Quatre comédiens à la fois danseurs, sculpteurs et poètes, font naître sous nos yeux une marionnette de papier kraft, un vrai bonhomme de papier chiffonné qui entraîne le public dans un monde de rêve où la fantaisie se dispute à la tendresse. C’était déjà une prouesse que de faire vivre cette étonnante marionnette, mais les artistes du Théâtre de Romette, à la fois créateurs et enchanteurs, ont offert au bonhomme de papier un cours de danse tout autant inattendu que fantastique où peu à peu l’élève et le professeur s’apprivoisent et se confrontent pour mieux nous étonner. Non sans quelques notes d’humour, cet incroyable duo à six, nous offre un véritable moment de bonheur. C’est tout simplement magique et rare comme un rêve d’enfant.
Marie-Pierre Demarty theatre.romette@libertysurf.fr

PAROLES D’ÉTOILES


D’après « Paroles d’étoiles L’aldes enfants cachés (1939-1945) ». Mise en scène : Isabelle Bondiau-Moinet, avec : Isabelle Bondiau-Moinet et Sophie Sergio.
72.000 enfants d’origine juive vivaient en France en 1939. Ils ont été jetés dans la guerre, marqués de l’étoile jaune, et souvent séparés de leurs parents… 12.000 ont été éliminés, 60.000 ont survécu. A l’âge où ils n’auraient dû traverser que des petits chagrins d’enfance, ils ont enduré les heures les plus terribles de notre histoire. Par centaines, les adultes qu’ils sont devenus ont plongé dans leurs souvenirs d’enfants pour répondre à l’appel de Radio-France et réunir leurs témoignages dans un recueil : « Paroles d’Etoile». Leurs souvenirs sont souvent accablants et douloureux, parfois heureux car certains ont trouvé un véritable amour auprès de ceux qui les ont cachés en bravant tous les dangers.
Avec sobriété et justesse, Isabelle Bondiau-Moinet et Sophie Sergio nous donnent à entendre ces blessures, ces fêlures, ces cris, ces mots, qui ont tous en commun la trace indélébile de la séparation et le besoin d’en parler.
Chacun retiendra plus principalement tel ou tel passage qui l’aura plus particulièrement touché, comme celui, par exemple du récit de la mère affamée qui, au Lutétia, ne peut s’arracher de son assiette malgré les appels de ses filles. Impossible de sortir indemne d’un spectacle aussi dense, aussi riche, authentique et vibrant d’émotion. Impossible aussi de ne pas penser à tous ces enfants du 21ème siècle qui vivent encore dans la guerre. Bravo et merci à la Compagnie Alcantra.
salamo.club.fr/etoiles.htm.

EN ATTENDANT LE SONGE....

d'après William Shakespeare mise en scène de Irina Brook.
Irina Brook, habituée à reprendre les textes classiques, nous propose Le songe d'une nuit d'été de Shakespeare dans une version fraîche et inventive. La création compte uniquement avec des comédiens hommes qui, comme à l'époque de Shakespeare, interprètent aussi bien les rôles masculins que les rôles féminins de la pièce. Mais attention, ne vous y trompez pas, il ne s'agit pas d'une mise en scène nostalgique de l'époque élisabéthaine, bien au contraire, elle prend beaucoup de liberté par rapport au texte original, en proposant une nouvelle et moderne traduction et en y introduisant même, au début du spectacle, une petite scène hilarante : les comédiens, les costumes et le décor de la grande production qui était prévue au départ ne parviennent pas à arriver à temps pour la représentation. Les six techniciens du spectacle, les seuls présents, décident alors d'improviser avec ce qu'ils parviennent à trouver dans leur caravane et de jouer quand même la pièce. Cet " incident " engendre un comique que la mise en scène met savamment au profit de la représentation. Cette prise de liberté restaure le côté populaire que recelait le texte à l'époque de Shakespeare et c'est peut-être justement cela que d'être fidèle au grand auteur. Le spectacle a été conçu pour être joué dans tous lieux : à Villeneuve, il a été monté, avec compétence, dans les bois. Les six comédiens-techniciens incarnent avec brio, humour et énergie la vingtaine de personnages de la pièce. En attendant le songe est un spectacle vraiment vivant. "Spectacle vivant" est, en effet, un terme qui va à merveille à En attendant le songe.À ne rater sous aucun prétexte. .M.F.S.

Traduction et assistanat : Marie-Paule Ramo. Avec : Vincent Berger, Jerry Di Giacomo, Cyril Guei, Gérald Papasian, Christian Pélissier et Augustin Ruhabura.

L'AUTOBUS

de Stanislav Stratiev,
Après la deuxième Guerre mondiale, dans les pays d'Europe de l'Est, le rire a souvent été une forme de résistance. L'Autobus de Stanislav Stratiev fait partie de ce courant, mettant en scène, dans un bus délabré, une galerie de passagers emprisonnés par le chauffeur du bus qui n'en fait qu'à sa tête pour trouver du pain pour sa famille. Peu à peu, les mesquineries et lâchetés des uns et des autres, tour à tour victimes, lâches ou bourreaux, vont aller jusqu'à provoquer le pire. On croit rire d'un défaut mineur d'un personnage insignifiant et tout d'un coup on comprend que derrière ce défaut se cache l'aberration de tout un système social. Le décor, un bus désarticulé, exploite au maximum le décalage et la dérision du texte. La dramaturgie volontairement appuyée, la scénographie délibérément parodique et les personnages aux coiffures délirantes et aux maquillages lourds jouent principalement sur la caricature, l'aliénation et l'absurde, peut-être un peu trop au détriment d'une véritable émotion. F.G.
Traduction : Athanase Popov, Adaptation et mise en scène : Laurence Renn, avec : Raphaël Almosni, Pascan Andres, Lionel Bécimol, Sandrine Bounhoure, Pierre Gérard, Olivier Mathé, Natacha Mircovich, Christian Ruché, Marc Ségala, Scénographie : Thierry Grand. allium-theatre@wanadoo.fr

JE VOUS SALUE MAMIE

de Marie Giral et Sophie Artur. Mise en scène : Justine Heynemann, avec : Sophie Artur.
Un grenier, des malles à souvenir, la grande maison familiale où l’on se retrouvait autour de la grand-mère maternelle. Sophie Artur et sa cousine Marie Giral nous offrent à travers ce texte leurs souvenirs qui n’ont, hélas, rien d’idylliques car si personne ne manque de rien dans cette famille bourgeoise contemporaine, la grand-mère terrorise tout le monde au nom de sa religion où « la vie n’est que souffrance, les hommes des pécheurs, et les femmes… n’en parlons pas ». Sophie Artur, seule sur scène, revient régler ses comptes avec cette grand-mère sans amour, persuadée de son bon droit, une maîtresse femme férocement installée dans son obscurantisme et son austérité, ne s’autorisant aucun plaisir (sinon les Danettes à la vanille). La force de ce spectacle est de ne jamais tomber dans le pathétique ou le sentimentalisme. Marie, devenue adulte, nous dit ses souffrances avec simplicité, sans jugement, sans colère. L’humour, la fantaisie de la mise en scène et du jeu de Sophie Artur soulignent avec drôlerie l’absurdité de cet intégrisme. On rit le cœur un peu serré devant tant de gâchis et l’on voudrait, à la fin de l’histoire, se dire, comme Marie, que tout est pardonné mais qu’on restera vigilant. Un grand merci à Sophie Artur pour ce moment simple mais précieux où, enfin, l’intégrisme ne prend pas les traits d’un islamisme sauvage, mais se montre sous son autre visage plus insidieux et tout aussi dangereux celui du bien pensant d’une certaine bourgeoisie catholique.
Contact:  Soy Création sonialeplat@soycreation.org

CEUX D’AILLEURS

Par le Théâtre de Romette. Conception et mise en scène Johanny Bert. Avec : Raphaël Fernandez, Julien Geskoff, Laetitia Le Mesle, Valérie Vivier.
Quatre attachants personnages vivent emprisonnés dans une sorte de volière. Bizarrement, aucune révolte ne pointe à l’horizon : ils semblent même apeurés par le monde extérieur. Dans ce drôle de huis-clos se développent des hiérarchies et des relations complexes allant de l’amour à la cruauté. Malgré la promiscuité de leur quotidien, chacun des quatre protagonistes parvient à préserver son petit et émouvant jardin secret. La routine quotidienne est dépeinte du réveil au soir – un décor particulièrement ingénieux nous donne la possibilité de l’appréhender sous deux angles différents : l’intérieur de la volière ou sa cour entourée par un grillage.
Avec cette mise en scène, le Théâtre de Romette nous offre un autre langage scénique que celui qui a déjà séduit le public d’Avignon (Le Petit Bon à modeler et Histoires post-it). Il n’est plus question de marionnettes : cette fois-ci, place au jeu masqué et burlesque. Les demi-masques, particulièrement réussis, exacerbent les yeux des comédiens. Le langage est décomposé et seuls subsistent quelques bouts de phrases et grognements. Les portraits de ces personnages sont saisissants. La mise en scène regorge d’inventivité et de recours très fins : scénographie, musique, lumière et jeu, tout est harmonieux et d’une grande précision. N’ayons pas peur des mots : il s’agit là d’un vrai chef d’œuvre.
theatre.romette@libertysurf.fr.

LE RÊVE D’ALVARO

De Eudes Labrusse,
Au milieu des Andes, à Yunguyungo, vit Alvaro, un être candide. Une nuit, trois saintes capricieuses lui apparaissent : il a été choisi pour décider laquelle donnera son nom à la nouvelle cathédrale de Brashtown. Hélas, les trois saintes, à l’image des hommes, vont tout faire pour gagner, et c’est à celle qui promettra le plus d’amour, de pouvoir ou d’argent à Alvaro pour l’influencer. C’est pourquoi Alvaro, accompagné de son lama, Libertad, quitte sa terre, sa famille et sa fiancée pour partir à la conquête de la plus belle femme du monde qui n’hésitera pas, elle aussi, à quitter son époux pour suivre le candide campagnard, déclenchant ainsi un véritable massacre organisé par le mari trompé.
Six comédiennes alternent une trentaine de rôles et nous emportent dans cette guerre de Troie réadaptée au 21 siècle, où dieu, demi-dieu, héros, soldats et guérilléros modernes se jalousent, s’aiment, se jouent les uns des autres dans une révolution aussi ambitieuse que pitoyable. Une image féroce de notre monde moderne où les médias sont les dieux du jour et la mondialisation l’épreuve suprême.
Le jeu des comédiennes (malgré un début un peu trop statique et systématique) dénonce avec force et talent un monde ridicule qui ressemble beaucoup trop au nôtre pour ne donner qu’à rire.
Théâtre du Mantois tmantois@wanadoo.fr

PUBLIC OR NOT PUBLIC

Mise en scène : Carlo Boso, avec : Stéphane Brel, Jérôme Jalabert, Marc Faget, Nicolas Dandine, création des masques : Stefano Perocco.
Pour la première fois sur scène, un cours magistral sur la place du Public dans l’histoire du Théâtre, des origines à nos jours. Mais attention, pas n’importe quel cours, un cours vu par Carlo Boso, où l’on apprend autant que l’on rit. Les spectateurs parfois mis à contribution découvrent en une vingtaine de tableaux, « véritable chevauchée sauvage dans le temps et l’espace du théâtre », plus de 25.000 ans de théâtre, de l’homo sapiens, en passant par la grèce antique, les gladiateurs romains, la censure sous Louis XIV et bien entendu la commedia dell’arte. À ne pas manquer non plus, la folle escapade dans le théâtre Nô et l’émouvant passage de « Des souris et des hommes» de Steinbeck. Bref, un revigorant voyage en compagnie de saltimbanques de génie, une déclaration d’amour en hommage au théâtre, orchestrée par quatre comédiens qui rivalisent d’humour, de talent et de générosité. Jonglant avec brio entre le premier et le second degré, masqués ou non, ils chantent, jouent, manient l’épée, improvisent, nous offrent une brillante démonstration des différentes techniques de leur Art. Un spectacle qui devrait être inscrit obligatoirement aux programmes de l’Éducation nationale. A ne pas manquer.
www.compagnie-esquisse.com

YVONNE, PRINCESSE DE BOURGOGNE

de Witold Gombrowicz par La Cie du Courant d’Air. Mise en scène de Luce Péragut.  Avec : Eve LaAndré Reynaud, Christian Ceyal, Michel Lamarche, Jean Michel Guieu, Christophe Lancia, Nicolas Surian, Jean Massiani, Sabrina Harnay, Céline Denery, Oksana Muslikova, Claudie Gay, André Rampal, Vincent Giudicce.
Un Prince en proie à une grande monotonie voit chez une inappétissante jeune femme la possibilité inespérée d’une rébellion. Il refuse donc de se laisser vaincre par la répulsion naturelle que lui inspire Yvonne et décide, contre toute attente, de se fiancer « au pire des dénouements ». Pour éviter le scandale et en espérant que ce désir ne soit que passager, le Roi et la Reine cèdent à la volonté de leur fils. Mais la présence d’Yvonne au château hérisse la cour royale qui croit voir dans la jeune femme le reflet de ses propres imperfections. On retrouve dans cette pièce, la première qu’ait écrite Gombrowicz, les inquiétudes et l’humour caractéristiques de l’œuvre de cet immense auteur polonais. La Compagnie du Courant d’Air donne vie à ce texte avec la minutie et l’irrévérence nécessaires. Yvonne est magistralement interprétée et le couple royal tient la pièce d’un bout à l’autre dans une caractérisation d’une grande drôlerie.
Eve Lamarche mlamarche@wanadoo.fr

ASPARTAM
LES ERRANTS

Compagnie Théâtre du Fracas. Texte et mise en scène de Côme de Bellescize. Avec : Rebecca AïJonathan Fussi, Agathe Germain, Gilles Harvengt, Vincent Joncquez, Julien Léonelli, Nicolas Fantoli / Olivier Martin Salvan, Teddy Melis, Nathalie Radot, Eléonore Simon, Ombeline de la Teyssonnière, Aurélie Toucas, accompagnés des musiciennes  Myriam Ennemri et Clémence Matthey.
Les Errants s’inspire des amours de Didon et Enée dans l’Enéide de Virgile pour raconter l’histoire d’amour actuelle d’une Française et d’un immigré clandestin. La difficile traversée pour la quête d’un monde meilleur constitue la toile de fond de cette histoire, mais d’autres errances y sont également dessinées. Le grand nomde personnages et l’alternance brusque entre les scènes tragiques et les scènes burlesques constituent, selon l’agencement plus ou moins heureux, tantôt la force et tantôt la faiblesse des « Errants ». La Compagnie du Fracas compte en tout cas, indéniablement, avec des jeunes comédiens qui défendent leur création avec passion. La compagnie a obtenu avec cette pièce un mérité Prix Paris jeune Talents.
Clarisse Chatelain cc@theatredufracas.com

ACCIDENTS

Théâtre des Alberts, mise en scène : Martial Anton, avec : AlexanMélis, Vincent Legrand, Isabelle Martinez, Gladys  Mnémonide. Marionnettes : Alexandra-Shiva Mélis, Gladys Mnémonide.
Avec « Accidents », le Théâtre des Alberts nous offre un spectacle de marionnettes pour adultes et adolescents drôle et émouvant. Entre recueil de nouvelles théâtrales et récit, avec pour fil rouge les accidents de la vie, ce spectacle met en scène cinq histoires d’humour noir et décalé, originales et touchantes. Les personnages, marionnettes venues d’un autre monde et symboles de notre profonde solitude, semblent se prêter au jeu des quatre humains qui les manipulent, tel le destin cruel, implacable et indifférent. On a tout particulièrement aimé l’histoire de Giuseppe qui attend en vain une lettre de son père, de Margaret, si malade et si vieille, qui voudrait tant rejoindre Luis par-delà le monde et l’acharnement thérapeutique, et celle de Joe, imbibé d’alcool et de regret. Un moment de vraie émotion à partager avec ces marionnettes parfois bien plus humaines que les humains qu’elles racontent.
2, chemin Lallemand 97423 Le Guillaume, la Réunion.

TOUJOURS GIVRÉ

Ecrit et interprété par Philippe Lelièvre et Arnaud Lemort, mise en scène Arnaud Lemort, avec Philippe Lelièvre.
Parce qu’il ne pourra sans doute jamais vraiment se prendre au sérieux, parce qu’il aime se raconter et raconter son métier, parce que le rire est la meilleure façon de piéger les fantômes et les renoncements.  Enchaînant les rôles en une fraction de seconde, Philippe Lelièvre nous transporte dans les coulisses des répétitions d’un vaudeville vraiment très médiocre, à la rencontre d’une demi-douzaine de personnages, tous plus givrés les uns que les autres. Drôle, humain et généreux, toujours à la limite de l’improvisation, Lelièvre nous entraîne à cent à l’heure, avec un peu d’autodérision et beaucoup de talent, dans un tourbillon de gags et de bons mots, car comme il dit lui-même « la création théâtrale, c’est comme escalader l’Everest avec une paire de Repetto ».
Lard Enfer lardenfer@hotmail.com

LE MONDE À L’ENVERS

D’après Homère. Adaptation et mise en scène : Pierre Lericq. Par Les épis noirs. Avec : Manon Ander, Elena Papulino, Pierre Lericq, accompagnés des musiciens : Pierre Payan, Martin Saccardy, Etienne Grandjean.
Dans ce spectacle hybride, deux histoires se superposent : l’Odyssée d’Homère et l’odyssée de la création du spectacle. Toutes proportions gardées, les deux histoires ne sont pas sans de troublantes similitudes. Les deux odyssées ne cessent de s’entrecouper, se choquer et s’influencer mutuellement.  Pour les raconter, les épis Noirs s’arment de chansons, danse et théâtre – le tout se relayant dans un rythme effréné et débordant. Un comédien et deux comédiennes incarnent tous les personnages du texte d’Homère et interprètent également leur propre rôle au sein de cette création, avec toujours un amusant décalage.
Le spectacle peut, si on l’analyse froidement, sembler quelque peu fragmenté voire déstructuré, mais la frénésie délirante des interprètes parvient à combler toutes les éventuelles lacunes. Le public en sort avec un sourire aux lèvres.
Astérios Productions Tel 01 53 36 04 70

LA MÉNAGERIE DE VERRE

Mise en scène : Claude Pelopidas, avec : Henriette Palazzi, Emilie Roudil, Olivier Cesaro, Yannick Fichant.
De l’autre côté de la ruelle, il y avait le jazz, le swing, l’alcool, les dancings et le cinéma… mais dans l’impasse de l’appartement des Wingfield, tout n’est que verre, tumulte et fragilité. Hanté par l’amour d’une mère castratrice et d’une sœur infirme, Tennessee Williams nous transporte dans l’univers noir et blanc d’une de ses plus belles pièces.
La mise en scène fidèle mais moderne met en valeur la difficulté de vivre de ces personnages si profondément humains.  Nous avons particulièrement aimé la façon dont nous est présenté le personnage de Jim, très représentatif des préoccupations des jeunes Américains actuels, réactualisant ainsi l’un des thèmes sous-jacent de la pièce : le bonheur dépend-il de la réussite sociale, au risque d’y perdre ses rêves ? Une mention spéciale pour Olivier Cesaro (Tom), également narrateur de la pièce, touchant dans son interprétation du fils et du frère, coincé entre ses deux femmes, fidèle image de Tennessee qui rêve de s’échapper de ce quotidien sclérosant. La densité des rapports entre les personnages, leurs malaises et les tensions qui les habitent contribuent à faire de ce spectacle une œuvre forte et émouvante.
www.ainsidesuite.com/

LE RIRE DU ROI

Compagnie Mornifle. Récit d’animation écrit et interprété par Achille Grimaud sur des dessins de Gaële Flao.
Durée 12 min. Tout public à partir de 6 ans
Ce récit illustre l’histoire d’un roi aimant rire par-dessus tout. Pour libérer son puissant, son redoutable rire, le roi, en toute logique, a besoin d’un fou du roi. Nombreuses épreuves attendent celui qui endosse le poste…
à l’aide de projections sur le mur de dessins filmés, Achille Grimaud donne magistralement voix à ce conte et étonne par sa faculté d’emprunter tout un arsenal de voix et de produire d’étonnants bruitages. Voix et beaux dessins sont toujours parfaitement accordés. La présence physique de l’interprète confère sans aucun doute une grande spontanéité à l’animation qui s’adresse à un large public.
Ici même productions info@icimeme.fr

L’ILLUSION COMIQUE

Viva la commedia. Texte de Pierre Corneille, mise en scène : Anthony Magnier, avec : Philippe Altier, Axel Drhey, Julie Gagné, Yannick Laubin, Anthony Magnier, BerSaunier, Paola Secret.
Le chef-d’œuvre comique de Corneille repris par cette formidable troupe de commedia dell’arte que nous aimons tant à Atelier-Théâtre. La pièce, un canevas de commedia dialogué par Corneille (un magicien aide un père à retrouver son fils, lui montrant sa vie par illusion), se prête tout à fait au talent des comédiens de Viva La commedia pour le grand plaisir d’un public enthousiaste. Magie, duel, évasion, ruse, et surtout le théâtre dans le théâtre sont parfaitement mis en valeur par la mise en scène d’Anthony Magnier. Un spectacle tonique et spirituel qui permettra aux plus jeunes de découvrir Corneille avec un réel plaisir.
www.vivalacommedia.com

L’AVARE DES GASPARDS

La Java des Gaspards. Spectacle musical d’après l’œuvre de Molière, mise en scène et scénographie : Lionel Parlier, musique et arrangements : Antoine Rosset, avec : Nadine Béchade, Gilles FaClaude Gélébart, Cécile Karaquillo, Florence Kolski, Jules Lagrafeuil, Philippe Reilhac, musiciens : Geneviève Cabannes (contrebasse), Christophe Dupuis (accordéon), Fabien Roux (clarinette, saxophone et percussions).
Après Eugène Labiche en opérette, les Gaspards ont décidé de s’attaquer à une grande pièce du répertoire. « Pour jouer les perturbateurs de texte, il nous en fallait un monumental, un classique parmi les classiques, l’archétype de la comédie de Molière, L’Avare. Nous voulions nous l’approprier, et le donner à voir et à entendre dans notre langage : le théâtre musical. » Et une fois encore, ils ont réussi leur pari avec brio, justesse et pour notre plus grande joie. On rit, on retrouve le texte avec bonheur, et nous sommes sûrs que Jean-Baptiste ne renierait pas, loin de là, certains de ses dialogues détournés en chansons. Plus qu’une adaptation, cette magistrale partition de L’Avare est une vraie prouesse, et enfin, grâce aux Gaspards, on comprend en quoi les dernières scènes sont réellement hilarantes et dignes des plus grandes comédies de Molière.
www.lesgaspards.fr

LE DÉSESPOIR TOUT BLANC

Compagnie Miroir et Metaphore. D’après Clarisse Nicoïdski, mise en scène : Daniel Mesguich, avec : Catherine Berriane.
Lili, une idiote de village, est à la fois l’ultime enfant de sa famille et le témoin de tous leurs secrets, leurs adultères et leurs mensonges. Elle les restitue dans son langage violent, partagée entre la grâce et les douleurs que lui inflige son corps difforme. À force de voir en elle leur reflet monstrueux, ses proches vont devoir se débarrasser d’elle. Un très beau texte de Clarisse Nicoïqui a voulu, à travers cette histoire, « laisser parler l’idiote qui était en elle ». Dans une mise en scène très “ mesguichienne ”, Catherine Berriane nous donne son interprétation de la marginalité. On adhère ou pas, mais on ne peut sortir indifférent de ce spectacle troublant et dérangeant.
lagds@wanadoo.fr

LE VENTRE DES PHILOSOPHES

Groupe 3.5.81. D’après Michel Onfray, mise en scène : Patrick Simon, avec : Michelle Brûlé, éric Charon, Christian Drillaud, scénographie : Goury.
Comment mangent les philosophes ? Existe-t-il une philosophie de la nutrition ? L’estomac est-il une deuxième raison ? Convoqués au banquet de Michel Onfray, les philosophes rivalisent de théories tout en exaltant leur régime alimentaire : Dioène mastique frénétiquement son poulpe, Rousles yeux sur la ligne bleue des Alpes, tourne la cuillère dans son laitage, Kant titube, Nietzsche vitupère le goulasch en se gavant de charcuterie, Sartre, traqué par les homards, se demande « quel est le coefficient métaphysique du citron ? ».
Un texte intelligent et original, que les acteurs, habilement mis en scène, défendent avec gourmandise et plaisir. Une mention spéciale pour le décor et un très bon moment pour tous les passionnés de philo et les curieux...
Vraiment réussi, la preuve : nous nous sommes précipités acheter le livre d’Onfray à la sortie. Un spectacle fin et habile que nous recommandons, bien sûr, pour tous les élèves de terminale.
www.groupe3581.com

ORSON OR NOT ORSON ?

Compagnie du Désordre. Texte et mise en scène de Filip Forgeau, avec Julien Defaye, Soizic Gourvil, Hervé Herpe.
La nouvelle création de Filip Forgeau nous raconte l’histoire d’un homme obèse cloué sur son lit (Orson Welles ?). Il fume cigare sur cigare et fait le tour du monde comme il ferait le tour de sa chambre, assailli de souvenirs et hanté par les fantômes : son père, sa mère, mais aussi Shakespeare, Rita Hayworth, quelques producteurs, Lady MacOphelia. Des personnages en quête d’existence, de reconnaissance, en prise avec les affres de la création et leurs propres abîmes. Un petit tour du monde, un plan séquence entre théâtre et cinéma, dommage peut-être que la mise en scène et la scénographie paraphrasent ce texte qui se suffisait à lui-même.
Contactdesordre@wanadoo.fr

 
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